La mort dévastatrice et irréparable d’Aruká Juma Communiqué de la COIAB

 | Par APIB, COIAB, OPI

La mort, par complications de la Covid-19, du dernier survivant du peuple Juma, le guerrier Amoim Aruká, est un événement tragique. Le peuple Juma a subi d’innombrables massacres tout au long de son histoire. De 15 000 individus qu’il comptait au début du XXe siècle, ce peuple s’est vu réduit à cinq en 2002. Un génocide, avéré mais jamais puni, a mené à une extermination quasi-totale de leur population. Le dernier massacre, qui a eu lieu en 1964 sur la rivière Assuã, dans le bassin de la rivière Purus, a été perpétré par des commerçants de Tapauá intéressés par le sorgho et les noix du Brésil, qui se trouvent dans le territoire Juma. Lors de ce massacre, plus de 60 personnes ont été assassinées. Seules sept ont survécu. Les membres du groupe d’extermination engagés par ces commerçants ont déclaré avoir tiré sur les Juma comme s’ils tiraient sur des singes. Les habitants de la région ont vu, après le massacre, les corps des Autochtones servir de nourriture aux cochons de brousse, alors que leurs têtes décapitées étaient éparpillées à même le sol de la forêt. Le commanditaire de ce crime, conscient de ce qui s’était passé, s’est vanté d’avoir « débarrassé Tapauá de ces bêtes féroces ». Cette histoire ne doit jamais être oubliée.

Aruká, un des rares survivants, à voir son peuple au bord de la disparition, a poursuivi la résistance. Il s’est battu pour la délimitation du territoire Juma, ratifié en 2004 en tant que Terre indigène (TI) Juma. Malgré le risque de disparition, les survivants Juma ont vu leur peuple se reconstituer dans les années 2000 grâce à des mariages avec les Uru Eu Wau Wau, peuple autochtone parlant également la langue Tupi-Kagwahiva.

Parce qu’il est d’une immense vulnérabilité et menacé de disparition, le peuple Juma est considéré comme un peuple de contact récent et fait partie des peuples devant être protégés par des barrières sanitaires, dont l’installation a été déterminée par le Tribunal Fédéral Supérieur (STF) à la demande des peuples autochtones, des représentants de la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne (COIAB), par l’intermédiaire de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil (APIB), dans le cadre de la plainte pour non-respect du précepte fondamental n° 709 (ADPF 709). La demande, faite en juillet 2020 a été acceptée par le juge Luís Roberto Barroso. Cependant, au vu des difficultés alléguées par le gouvernement Bolsonaro, le Ministre a fixé la date limite d’installation des barrières dans la TI Juma à septembre 2020. En août 2020, le gouvernement Bolsonaro a déclaré son intention de fixer la barrière sanitaire, avec la police militaire et le DSEI-Humaitá sur le fleuve Assuã, dans la REBIO Tufari, en dehors de la TI Juma. Cependant, en décembre de la même année, il a été annoncé qu’un seul un poste de contrôle d’accès serait installé, sur la BR 230 - Route transamazonienne. Son fonctionnement effectif n’a pas été assuré.

Que le point de contrôle d’accès fonctionne ou non, comme le demandaient depuis des mois les représentants de la COIAB et de l’APIB dans les Cellules de crise du gouvernement Bolsonaro, n’a plus d’importance pour Aruká. Ce que l’on sait, de façon évidente, c’est qu’il est désormais mort. C’est malheureusement avec leurs morts que les peuples autochtones démontrent leurs revendications. La COIAB et l’APIB ont averti que les peuples autochtones récemment contactés étaient extrêmement menacés. Le dernier survivant du peuple Juma est mort. Une fois de plus, le gouvernement brésilien a fait preuve de négligence criminelle et d’incompétence. Le gouvernement brésilien a assassiné Aruká de la même manière qu’il a assassiné ses ancêtres. C’est une perte dévastatrice et irréparable.

Manaus, Amazonas, le 17 février 2021.

Voir en ligne : A devastadora e irreparável morte de Aruká Juma

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