Covid-19 au Brésil : où trouver les données fiables sur l’épidémie

Au Brésil, l’avancée du Covid-19 est extrêmement préoccupante. Tout autant que le déni et l’irresponsabilité du président brésilien Jair Bolsonaro. Le 17 mai, le gouvernement annonçait 241 mille cas confirmés pour 16.118 décès. Pour la communauté scientifique, qui s’appuie sur des suivis de plusieurs bases de données publiques et de celui de la société civile, les chiffres du gouvernement sont sous évalués ; les véritables chiffres pourraient être entre 10 et 15 fois supérieurs.

Des membres de la communauté autochtone de Parque das Tribos assistent aux funérailles du chef Messias Kokama, décédé du coronavirus, le 14 mai 2020 à Manaus, au Brésil
Partout dans le pays continent, on manque d’information sur le Covid-19. Le gouvernement n’a jamais publié les données sur le nombre de tests réalisés depuis le début de la crise, ni d’actualisation sur la disponibilité de lits dans les unités de soins intensifs (de réanimation). Les chiffres officiels n’indiquent jamais la localité des cas confirmés, ni leur origine (où était la personne avant d’être testée positive).

Parmi les manques, de ressources et de données sur les moyens dans le combat contre l’épidémie, il y a l’insuffisance d’information sur les professionnel·les de santé contaminé·es. Ce sont, majoritairement des femmes noires. Selon le Conseil fédéral des Infirmier·es, début avril, elles étaient au moins 10 mille contaminées. Le Brésil est, depuis la fin du mois avril, le pays au monde où le plus de professionnel·les de santé sont mort·es des suites de l’absence de protection contre le Covid-19 dans le cadre de leur fonction.

C’est ainsi que le groupe de travail Covid-19-Brésil s’est créé, pour effectuer un suivi épidémiologique régulier des données accessibles sur les différentes sources publiques. Les scientifiques indépendant·es qui le composent, venant de différents instituts de recherche, mettent ces outils d’analyse à la disposition des gestionnaires, des autorités publiques et de la population en général.

https://ciis.fmrp.usp.br/covid19/

La fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz), est une des plus importantes institutions scientifiques et technologiques en matière de santé en Amérique latine. Liée au ministère de la santé, elle a mis en place un site avec des données en temps réel pour suivre l’épidémie dans le pays

https://bigdata-covid19.icict.fiocruz.br

Voir aussi la base de données des bulletins épidémiologiques par jour au Brésil : https://www.brasil.io/dataset/covid19/caso

Le portail de la Transparence, alimenté par les bases informatiques des registres civils de toutes les villes du pays indique un nombre de morts de Covid-19 supérieur au ministère de la Santé. Par ailleurs, cette plateforme permet de constater l’augmentation considérable des hospitalisations et décès pour des syndromes respiratoires aigus graves et pour cause de pneumonie. En fin de premier trimestre de 2020, les chiffres équivalaient au total de l’année 2019. Notons que la saison épidémiologique de ces syndromes n’a, régulièrement, pas encore démarrée.

https://transparencia.registrocivil.org.br/especial-covid

L’Institut Brésilien de Géographie et Statistique, IBGE a mis également à disposition une base de données qui permet de superposer la maille administrative du territoire avec les données de la Covid-19, associant les chiffres de pneumonie et de syndrome respiratoire aigus. L’Institut a également mesuré la distance-temps moyenne parcourue par les patient·es pour accéder à des soins intensifs. Enfin, face à l’urgence et avec le soutien de l’université fédérale de Campinas, l’IBGE a mis à jour le recensement des populations autochtones et communautés quilombolas ainsi que la vulnérabilité de ces territoires face à des maladies infectieuses.

https://covid19.ibge.gov.br/

La société civile organisée exerce activement son droit constitutionnel de « contrôle social » en dépit des entraves du gouvernement d’extrême-droite. Il aura fallu enfin que la Coalition Noire pour les Droits - organisation regroupant 150 entités du mouvement noir brésilien - exige, sur la base de la loi de transparence et d’accès à l’information (2011), que le ministère de la Santé et les secrétariats de Santé des États fournissent des données désagrégées selon les caractéristiques dites raciales et de genre. Pour les quilombolas, la Coordination nationale des communautés rurales des Quilombos noires fait un recensement autonome régulier.

https://covid19.socioambiental.org/
La base de données rassemble également des éléments de vie des autochtones décédé·es. "Ce sont des vies liées à une ancestralité collective"

Dans le même élément, ce site collaborative rend hommage aux victimes du Cov-19 au Brésil : https://inumeraveis.com.br/

Vis-à-vis des données sur les peuples autochtones, l’Institut socio-environnemental (ISA) héberge la base de données la plus complète sur la progression de la pandémie. Le recensement autonome de l’Articulation des peuples indigènes du Brésil permet quant à lui de faire des comparaisons avec les données gouvernementales et de mettre en évidence la politique de sous-notification et d’invisibilisation des autochtones vivant en ville – alors que la majorité des autochtones au Brésil vit aujourd’hui dans des zones urbaines, en dehors des Terres Indigènes.

Au Brésil, au moins 70% de la population dépend du système universel de santé (SUS). Créé avec la Constitution de 1988, le SUS a construit depuis 25 ans un des portails de données les plus complets sur les services de santé du pays et causes de décès, accessible sur data SUS :

https://datasus.saude.gov.br/

Luc Aldon et Erika Campelo

Photo : Des membres de la communauté autochtone de Parque das Tribos assistent aux funérailles du chef Messias Kokama, décédé du coronavirus, le 14 mai 2020 à Manaus, au Brésil © AFP - MICHAEL DANTAS

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