Le Parlement brésilien après les élections de 2022

 | Par Bruno de Castro Rubiatti

En 2022, le climat de la course présidentielle était au cœur des élections pour les mandats législatifs. La concentration des votes sur Luiz Inácio Lula da Silva (PT) et Jair Bolsonaro (PL), président actuel et candidat à la réélection, a atteint un niveau où 91,6% des votes validés sont allés à l’un de ces deux candidats, laissant les neuf autres candidats avec 8,4% des votes.

Cela ne signifie pas pour autant que les partis des deux candidats aux élections présidentielles en lice au second tour ont une majorité dans les chambres législatives. À partir de février 2023, lorsque les nouveaux membres du Congrès prendront leurs fonctions, la Chambre des députés comptera 23 partis différents et le Sénat en comptera 15.


*Pour le Sénat, on a pris en compte les membres actuels qui termineront leur mandat en janvier 2027 (54 sénateurs en fonction) et les 27 élus en 2022.

On peut constater que les partis des deux candidats qui sont en lice pour le deuxième tour ont également formé les deux plus grands groupes à la Chambre des députés, que le Parti Libéral (PL) a également constitué le plus grand groupe au Sénat tandis que le PT n’occupe que la quatrième place. En bref, en dépit de la forte fragmentation des partis, le PL et le PT ont réussi à se positionner parmi les plus grands groupes du Parlement.

Une autre façon d’observer la composition du Parlement est de considérer l’appartenance idéologique des partis. Le graphique 1, ci-dessus, montre que dans les deux chambres, la présence des partis de droite est forte, atteignant presque le quorum pour des changements constitutionnels. La gauche a une meilleure participation à la Chambre des députés, dépassant le centre, ce qui ne se produit pas au Sénat, où le centre continue d’occuper la deuxième place. Il convient de noter que le Sénat a toujours connu une forte présence des partis du centre, mais lors de ces élections, le centre a été le plus sanctionné.

Avec cette forte présence de la droite dans les deux Chambres, dont beaucoup sont liés à l’extrême droite et au « bolsonarisme », la tendance est que le Parlement national deviendra encore plus sensible aux agendas conservateurs et aux réformes néolibérales. En outre, cette croissance de la droite faciliterait également la promotion de modifications du texte constitutionnel, en fonction des intérêts de ces secteurs.

Malgré ce glissement vers la droite, les actions du Parlement dépendront de l’issue des élections présidentielles. Le système politique brésilien dote le pouvoir exécutif de puissants pouvoirs législatifs et d’autres ressources institutionnelles qui lui permettent d’obtenir la coopération du pouvoir législatif. Cette coopération repose sur une coalition gouvernementale, qui se matérialise au niveau du pouvoir législatif par une base gouvernementale fondée sur des négociations entre partis. Ainsi, le chef de l’exécutif devient une figure centrale dans la conduite de la politique brésilienne.

Par conséquent, en fonction du résultat du 30 octobre 2022, deux situations différentes sont possibles. Si Lula (PT) gagne, on peut s’attendre à la construction d’une large coalition, impliquant des partis de droite, de gauche et du centre. Il convient de noter qu’une partie considérable des parlementaires de droite au Brésil sont plus physiologiques qu’idéologiques. Il y a donc une marge de négociation et d’attraction de ces groupes vers la base du gouvernement. Cependant, cette action a un coût : les politiques adoptées par une telle coalition seront plus modérées et ne permettront pas d’affronter certaines des questions pertinentes pour les partisans de la gauche et du centre-gauche du gouvernement. Une éventuelle coalition de Lula (PT), construite sur la base d’un parti dans une Assemblée législative majoritairement conservatrice, obligerait le gouvernement à se rapprocher du centre, voire à incorporer une partie d’un programme de droite.

D’autre part, une victoire de Bolsonaro (PL), à première vue, pourrait conduire à une construction plus facile du soutien au sein du Législatif, puisqu’il y a une proximité des préférences. En ce sens, le gouvernement disposerait d’un soutien proche de la majorité qualifiée, ce qui lui permettrait d’apporter les changements constitutionnels qui lui plaisent, renforçant ainsi son pouvoir et affaiblissant davantage la démocratie brésilienne. Un exemple de ces mesures est la proposition d’augmenter le nombre de ministres de la Cour suprême (STF), ce qui garantirait une majorité pour l’exécutif et minerait le rôle de contrôle de la Cour Suprême elle-même. Cependant, le président actuel a déjà montré qu’il avait du mal à coordonner les majorités au sein du pouvoir législatif, même avec une proximité idéologique, et a même eu recours à la pratique de la distribution des ressources budgétaires pour que les parlementaires votent en faveur du gouvernement, ce qui est désormais connu sous le nom de « budget secret ». Ainsi, malgré sa proximité idéologique, Bolsonaro pourrait rencontrer des difficultés à faire approuver son programme en raison de son incapacité à négocier et à construire une base stable au sein du corps législatif.

Ainsi, en fonction des résultats des élections présidentielles, nous aurons, avec Lula (PT), un gouvernement qui devra négocier avec les secteurs de l’ensemble du spectre idéologique présent au Parlement, en ouvrant une partie de l’agenda aux secteurs de la droite et du centre afin d’obtenir certaines politiques redistributives et progressistes, mais en garantissant le fonctionnement des institutions brésiliennes selon les principes du présidentialisme de coalition. Avec Bolsonaro (PL), le risque est grand de voir se consolider des pratiques non républicaines (comme le budget secret), la mise en œuvre de politiques antipopulaires, une plus grande tension dans la relation entre les pouvoirs et même des changements institutionnels qui éloigneraient le pays d’un régime démocratique, avec un plus grand contrôle de l’exécutif sur les instances de surveillance et de contrôle. En bref, le choix du président est devenu un conflit entre le maintien d’un régime démocratique et l’autoritarisme typique de la nouvelle extrême droite.

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