Dans le Nord du Brésil, 70 familles risquent l’expulsion de leurs terres

 | Par Collectif

Dans une décision prononcée le 7 avril dernier, la juge Kelma Vilela de Oliveira (TJRO) a ordonné l’expulsion de 70 familles de la ferme Vilhena, dans l’État de Rondonia au Nord du Brésil et a stipulé une amende journalière de mille à 20 mille reais si l’ordre est violé. Les familles, qui vivent depuis des années dans la région, où elles cultivent les champs et élèvent des animaux, affirment que la ferme appartient à l’Union. Les organisations de la société civile rejettent la décision et manifestent leur solidarité avec les familles touchées.

Dénonciation des actions arbitraires et violentes de l’Etat brésilien contre les paysan.es de Rondônia

Comme si les menaces de mort de COVID-19 ne suffisaient pas, plus de 70 familles de travailleurs ruraux pourraient être abandonnées à leur triste sort par une opération de désappropriation de terres publiques dans la municipalité de Vilhena, située dans le sud de l’État de Rondônia.

La région de Rondônia est marquée par des conflits de propriété de terres publiques, de terres accaparées par des usurpateurs. L’immense étendue de l’ancienne Fazenda Vilhena do Pensamento a été le théâtre de violences, marquée par plusieurs massacres, dont la mort de cinq paysans, en octobre 2015.

En 2020, en pleine pandémie, environ 713 familles ont été expulsées, ce qui représente 50% des 1 416 familles en situation d’occupation des terres en « Amazonie légale ». En 2021, plus de 200 familles ont été expulsées de l’AP Nova Floresta, dans la municipalité de Campo Novo de Rondônia, où l’on signale une contagion de COVID-19 chez les paysans et leur famille victimes d’une opération de désappropriation des terres qu’ils cultivent. En ce moment, dans la région du Cône Sud de Rondônia, 70 familles paysannes se trouvent en situation de violence, sous le coup d’une expulsion imminente des lots 61, 62, 63 de l’ancienne Fazenda Vilhena do Pensamento, municipalité de Vilhena.

Les décrets de désappropriation de terres agricoles ont été rendus possibles dans le Cône Sud, après l’arrestation, effectuée avec l’aide de la police militaire, d’un groupe d’hommes armés de Fazenda Nossa Senhora Aparecida, municipalité de Chupinguaia, le 22 mars 2021. Le gouverneur de Rondônia s’est lui-même engagé à exiger les désappropriations de terres du Secrétariat de la Sécurité Publique, allant à l’encontre des recommandations de la CEDH, de la CNDH et de la CNJ, de reporter les expulsions de famille en cette période de pandémie.

Dans le Cône Sud, il y a encore des campements de paysans, luttant pour le droit à la terre, qui sont persécutés. Ils subissent des pressions de la part de policiers qui mènent des attaques nocturnes et des pressions psychologiques les menaçant de désappropriation. De même, la police de l’environnement du Mato Grosso, qui semble n’avoir peur de rien, persécute les paysans, imposant aux petits agriculteurs familiaux une législation environnementale, alors que nos rivières, notre faune et notre flore souffrent de la déforestation et de l’empoisonnement favorisés par l’expansion de l’agronégoce.

Les données partielles de la publication "Conflits ruraux, Brésil 2020", organisée par la Commission pastorale de la terre (CPT), révèlent une augmentation de 30 % des conflits et de la violence dans les campagnes. Nous sommes également préoccupés par les 80 831 occurrences de conflits ayant affecté des milliers de familles qui ont subi des invasions de terres répétées, des persécutions, des menaces, des emprisonnements et des meurtres de leaders ruraux.

Ainsi, nous dénonçons l’action de l’Etat brésilien dans le démantèlement des politiques publiques agraires et environnementales, incitant clairement à la régularisation agraire en faveur des propriétaires terriens, des accapareurs de terres et des entreprises de l’agronégoce. En outre, des violences sont commises à l’encontre des peuples autochtones, des quilombolas, des paysan.es, des peuples de résistance de la terre et du territoire qui ont été victimes de graves violations des droits humains et territoriaux.

L’omission de l’Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire (INCRA), dans la mise en œuvre et l’accomplissement des processus de démocratisation foncière et de politique publique pour le développement humain des populations rurales, a provoqué de grandes inquiétudes concernant la préservation de la vie dans les zones rurales brésiliennes, en pleine pandémie de COVID-19.

Nous sommes solidaires des paysan.es de Fazenda Vilhena do Pensamento et de toutes les personnes soumises à des situations violentes dans ce contexte de pandémie.

Enfin, nous demandons aux autorités gouvernementales et juridiques de l’État de Rondônia de respecter les principes constitutionnels et les droits humains dans la préservation de la vie de ces familles.

Nous exigeons que les instances du pouvoir exécutif, à travers l’Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire (INCRA), respectent leur devoir d’agir et de subventionner le droit à la démocratisation des terres de ces familles. Que le Pouvoir Judiciaire accueille et exécute la recommandation nº 90 du Conseil National de Justice – CNJ [1], dans la demande de prudence à déterminer des expulsions pendant la pandémie COVID-19, dans le cas d’une ordonnance judiciaire d’expulsion collective de propriétés urbaines et rurales conformément aux lignes directrices établies dans la résolution nº 10, du 17 octobre 2018[2], du Conseil National des Droits Humains - CNDH.

Rejoignant la lutte des familles paysannes qui ont besoin d’un bout de terre pour vivre et survivre, nous, soussignés :

Porto Velho (RO), le 12 avril 2021.

Signataires

  • AAJ (Associação Americana de Juristas)
  • ABONG – Organizações em Defesa dos Direitos e Bens Comuns
  • AAMOBEP Associação dos Amigos e Amigas do Centro de Formação e Pesquisa Olga Benário Prestes
  • Amigos do Pantanal
  • Articulação para o Monitoramento dos Direitos Humanos no Brasil
  • Articulação CTPs da Amazônia
  • Associação Brasileira de Advogados do Povo
  • ASSOCIAÇÃO BRASILEIRA DE REFORMA AGRÁRIA – ABRA
  • Associação de Advogados/as de Trabalhadores/as Rurais - AATR
  • Cáritas Brasileira
  • Centro Burnier Fé e Justiça
  • Centro de Defesa dos Direitos Humanos Pedro Lobo / CDDH-PL
  • Centro de Direitos Humanos Dom Máximo Biennes
  • Centro de Direitos Humanos Dom Pedro Casaldáliga
  • Coordenadoria Ecumênica de Serviço - CESE
  • Coletivo de Advogadas e Advogados de Servidores Públicos - CNASP
  • Comissão de Direitos Humanos da Câmara - CDHM
  • Comissão Pastoral da Terra – Regional Rondônia
  • Comissão Pastoral da Terra Regional - Acre
  • Comissão Pastoral da Terra Regional - Amapá
  • Comissão Pastoral da Terra Regional - Amazonas
  • Comissão Pastoral da Terra Regional - Maranhão
  • Comissão Pastoral da Terra Regional - Mato Grosso
  • Comissão Pastoral da Terra Regional - Pará
  • Comissão Pastoral da Terra Regional - Roraima
  • Comissão Pastoral da Terra Regional - Tocantins
  • Confederação Nacional dos Trabalhadores do Ramo Financeiro -CONTRAF
  • Confederação Nacional dos Trabalhadores Rurais Agricultores e Agricultoras Familiares - CONTAG
  • Conselho Indigenista Missionário (CIMI)
  • Conselho Pastoral dos Pescadores - CPP
  • Coordenação Nacional de Articulação de Quilombos –CONAQ
  • FASE. Mato Grosso
  • FDHT Fórum de Direitos Humanos e da Terra
  • Grupo de Pesquisa DITERRA - Direito, Território & Amazônia
  • Grupo de Pesquisa em Gestão do Território e Geografia Agrária da Amazônia – GTGA/UNIR
  • Grupo de Pesquisa Energia Renovável Sustentável - UNIR
  • Grupo de Pesquisa Territorialidades e Imaginários na Amazônia-UNIR
  • HIBISCUS - Grupo de Pesquisa e Extensão em Comunicação Discurso e Gênero na Amazônia Ocidental - UNIR
  • IBASE - Instituto Brasileiro de Análises Sociais e Econômicas
  • Instituto de Estudos Jurídicos de Direitos Humanos, Econômicos, Sociais, Culturais e Ambientais - IDHES
  • Instituto de Pesquisa, Direitos e Movimentos Sociais - IPDMS
  • Instituto EcoVida - AP, AC, AM, RR, PA, PE, PB, SE, MA, RS, ES, SP, RJ, DF.
  • Josué da Costa Silva – Docente da Universidade Federal de Rondônia e Coordenador do Grupo de Estudos e Pesquisas em Cultura e Modos de Vidas da Amazônia – GEPCULTURA.
  • Luciana Riça Mourão Borges - Grupo de Estudos e Pesquisas sobre Estado, Território e Infraestrutura na Fronteira Amazônica (GEPE-Infra/UNIR/Guajará-Mirim)
  • Maria das Graças Silva Nascimento Silva – Docente da Universidade Federal de Rondônia e Coordenadora do Grupo de Estudos e Pesquisas em Geografia, Mulher e Relações Socais de Gênero-GEPGENERO.
  • Movimento Camponês Popular - MCP
  • Movimento de Mulheres Camponesas (MMC),
  • Movimento dos Atingidos por Barragens (MAB)
  • Movimento dos Pequenos Agricultores (MPA)
  • Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra (MST)
  • Movimento Nacional de Direitos Humanos - MNDH Brasil
  • Movimento Pela Soberania Popular na Mineração - MAM
  • Movimentos dos Pescadores e pescadoras Artesanais - MPP-
  • Pastoral da Juventude Rural (PJR)
  • Professor Dr. Márcio Benassuly - Grupo de Pesquisa Políticas Públicas e Dinâmicas Territoriais na Amazônia (UFOPA)
  • Rede Nacional de Advogados e Advogadas Populares - RENAP
  • Serviço Pastoral do Migrante (SPM)

Voir en ligne : Nota de Repúdio às ações arbitrárias e violentas do estado brasileiro contra camponeses e camponesas de Rondônia

Soutenez-nous

Suivez-nous

  • Twitter
  • Facebook
  • Instagram
  • RSS